LE DESIGN EST UNE DISCIPLINE MUTANTE OU UNE « TRANS-DISCIPLINE »

Quand on étudie l’histoire et la théorie du design, on est marqué par les multiples paradoxes de son déploiement. Malgré tout, au fil des années et des mouvements de designers, l’identité de cette discipline nous apparaît comme familière et étrangère à la fois. Voici quelques clés pour élucider son mystère et sa grandeur.

Histoire et théorie du design : une discipline mutante et une trans-discipline

Une mutante
Elle a surgi comme un fleurissement au beau milieu d’une famille de disciplines : la politique, la sociologie, la philosophie, l’art et les techniques, la santé. Elle n’est aucune d’entre elles et pourtant, elle a quelque chose à voir avec chacune d’elles. Ses racines sont pluridisciplinaires, mais elle est une discipline à part entière : elle a surgi telle une « mutante » dans une société en mutation au beau milieu du XIXe siècle. Au plan génétique, un mutant ne peut se reproduire avec les membres de l’espèce dont il est issu : le design est de cet ordre-là. Il ne renie pas ses racines, mais doit se déployer avec un nouveau type de fécondité que je qualifie de « trans-disciplinaire ». Le design est une discipline assez proche de la science-fiction (qui est sa cousine mutante née un peu plus de deux ans après elle, en 1851). Leurs réalités conceptuelles sont bien réelles et leurs objets ont pour dessein d’enchanter le présent en d’anticipant le futur. Certains dénigrent le design arguant qu’elle est une utopie manquant de colonne vertébrale, d’autres lui reconnaissent une fonction sociétale visionnaire et prophétique. Quoi qu’il en soit, le caractère «mutant» de cette discipline s’est déployé tout au long de son histoire : après Asger Jorn, on parlera de « contre-utopie » ou de « dystopie », au profit d’une approche plus expérimentale, revalorisant la sensibilité et la dimension poétique de l’art… Le groupe Memphis ouvrira à sa manière la voie d’un design quantique marqué par les décors virtuels. Je pose la question : Jusqu’où cet ADN de mutation va-t-il se déployer ?


Une trans-discipline
Bien que mutante, elle possède une histoire et un patrimoine qui plonge ses racines dans quasiment toutes les disciplines : Jusqu’à l’époque médiévale, les disciplines étaient connexes entre elles : les cursus universitaires n’étaient pas cloisonnés comme ils le sont maintenant. L’étudiant se formait autant en géométrie, qu’en musique, architecture ou philosophie. Puis peu à peu, à partir du 16ème siècle, on a assisté à l’autonomisation des disciplines : Descartes va être le premier à publier un traité de musique qui ne traite strictement que de musique… Ce cloisonnement a eu comme avantage de permettre une spécialisation de plus en plus forte de chaque domaine. Mais il a eu aussi comme conséquence malheureuse de creuser des fossés entre les domaines de la connaissance. C’est dans ce contexte simultané d’une saturation sociétale d’une part et universitaire d’autre part qu’a surgi le design. Il ne se reconnait d’aucune discipline et de toute à la fois ! Cette trans-discipline est toute jeune mais bénéficie d’une histoire millénaire.


Trois voies de déploiement
Comme toute discipline, elle peut être comprise et abordée selon la triple dialectique hégélienne dont la synthèse correspond à une phénoménologie de la perception et de la conception, appliquée aux problématique sociétale et politique de son temps. Le design peut être abordé par trois portes distinctes : cosmologique, anthropologique et métaphysique. Chaque designer se sentira plus à l’aise avec l’une ou l’autre, mais pourra, tout au long de sa vie, changer de porte pour ajuster sa propre trajectoire en fonction de sa propre philosophie. La voie cosmologique est celle du bio-mimétisme et des problématiques sociétales écologiques, dans la lignée du Stremline de Geddes. La voie anthropologique est celle l’amélioration des conditions de vie de l’homme et de son habitat à travers la conception d’objets et de mobiliers fonctionnels ; c’est la porte la plus communément empruntée par les designers depuis William Morris. Enfin, la voie métaphysique, plus intuitive, va revisiter l’art à travers des formes et des techniques nouvelles, produisant des résultats très variables en fonction de la vision du monde qui caractérise le designer. On peut placer l’idée de « standard » de Hermann Muthesius dans cette lignée, ainsi que le penchant spiritualiste de Gropius, et enfin la notion de Good Design de Kaufmann, reliée aux transcendantaux métaphysiques du « Bon » et du « Vrai ». Mais le juste chemin équilibre est d’apprendre à tisser ces trois voies : tout un programme pour les designers !

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